SeaBubble, la bulle municipale

Les communicants au service des politiques sont en forme en ce début d’année. Après la route solaire inaugurée par Ségolène Royal et qu’Olivier Appert, ancien responsable d’IFP Energies Nouvelles, étrille bien gentiment dans un de ses derniers articles :

Cette technologie n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est d’avoir trouvé un État prêt à dépenser beaucoup d’argent. Ceci a fait dire à Jenny Chase, directrice des analyses solaires au sein de Bloomberg New Energy Finance : « les routes solaires semblent être un moyen de subventionner les entreprises françaises, pas de produire de l’électricité »

Pendant ce temps-là, Anne Hidalgo a jeté son dévolu sur un quasi-OFNI (Objet Flottant Non Identifié) : le concept de taxi-bateau électrique SeaBubble développé par SeaBubbles  – subtil – dont vous trouverez ci-dessous un synoptique du fonctionnement :

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Car on a effectivement du mal à croire à l’avenir tant de l’engin que du service qu’il est supposé remplir.

L’engin tout d’abord : la société SeaBubbles annonce sur son site un calendrier de développement qui nous laisse pantois :

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Généralement, quand on est en phase de fabrication d’un prototype dont on a déjà dévoilé les lignes, on est fier du passage à la phase concrète et on n’hésite pas à afficher des photos de la fabrication en cours et, au vu de la « timeline » ci-dessus, les sujets ne devraient pas manquer. Rien de tel concernant SeaBubble : le seul objet physique qu’on arrive à trouver sur le Net, c’est une malheureuse impression 3D. Qui plus est, cette timeline nous paraît assez optimiste : 3 mois seulement pour tester le prototype (de décembre 2016 à février 2017), puis démarrage de la production dans la foulée ! Pour des concepts de transport innovants – a fortiori conçus pour le transport de passagers – on prévoit plutôt quelques trimestres d’essais intensifs.

Une fois que cet engin fonctionnera, il restera à mettre au point un service qui attitre… le chaland. Une fois réglé le petit problème de l’accostage – la ligne de flottaison est tellement basse qu’il sera difficile de monter ou descendre dans le véhicule depuis un quai parisien, qui surplombe généralement les flots de plusieurs dizaines de  centimètres – il faudra trouver une proposition de valeur qui fasse sens à côté des solutions de transport existantes. Avec une vitesse maximale de 12 km/h, cette SeaBubble va aussi vite qu’un Vélib et bien moins qu’une rame de RER C, qui longe elle aussi les quais, ou qu’un taxi roulant qui saura vous déposer directement là où vous souhaitez aller. Il restera également à se poser la question de la rentabilité économique de l’affaire, qui ne semble pas pour le moment attirer d’autres investisseurs que les municipalités : étrangement, ni la RATP ou Keolis – dont c’est le métier de transporter des gens – n’ont accordé un quelconque regard à cette bulle de technologie.

Pourtant, toute une équipe de bonnes fées s’est réunie autour du berceau de cet appareil, toujours si on en croit le site Web :

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Outre le fait qu’une même photo représente 2 personnes différentes – bon Ok, elles s’appellent Philippe toutes les deux, circonstance atténuante même si Philippe Camus doit être moyennement Jouace d’être confondu avec un de ses ex-subalternes – on est un peu surpris de découvrir Nicolas Baverez, essayiste et avocat selon Wikipedia, présenté dans le rôle de « régleur de grand-voile hydroptère« . Quelques coquilles sans doute dues au fait que tout ce petit monde ne perd pas de temps à relire les pages HTML de leur vitrine Internet et préfère passer tout leur temps à essayer leur prototype… Mais lequel au fait : celui de SeaBubble, ou plutôt celui de l’Hydroptère, ce trimaran de course expérimental autrement plus sérieux ?

La maire de Paris, soucieuse de montrer qu’elle est moderne et fréquente des starteupes,  qui se veut être l’icône de la transformation écolo-digitalo-olympio-sociétale et municipale, espère toujours « voler » au-dessus de l’eau en mars prochain. Silicon Valley, serait-elle chef d’escadrille ?

Le Gulf Stream survivra-t-il ?

Toute la sphère médiatique étant en ce moment en train de se pâmer devant les gadgets technologiques du CES à Las Vegas, et l’air du temps étant de moins en moins propices à la question du réchauffement climatique – surtout quand il fait froid l’hiver – une étude récemment publiée de chercheurs du Scripps Institution of Oceanography de San Diego et de l’Université du Wisconsin-Madison est passé relativement inaperçue. Nous n’en avons entendu parler que par RealClimate.

Pourtant, ses conclusions méritent l’attention : ces nouveaux travaux de modélisation montrent que l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère pourrait finalement perturber beaucoup plus profondément le Gulf Stream qu’on ne le pensait pour le moment. La conséquence directe serait le refroidissement marqué du Groenland et de l’Europe du Nord-Ouest, dans un horizon de temps de plusieurs siècles.

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Comme d’habitude en matière scientifique, il faut encore d’autres études pour affiner et confirmer de tels résultats. Cela ne signifie pas que nous autres Européens, nous devons nous réjouir d’échapper potentiellement ainsi aux canicules démentielles induites par le changement climatique : cela montre surtout que nous avons toujours beaucoup de mal à simplement comprendre comment le monde tourne.

Où sont passées les geekettes ?

Le blog classe éco nous soumet un graphique intéressant sur l’évolution du mix homme-femmes dans les filières d’éducation supérieure aux USA :

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Si on s’accorde sur la corrélation entre la brutale inversion de tendance des métiers de l’informatique et l’apparition de la micro-informatiqie, l’auteur relaie par contre un point de vue contestable et que nous contestons :

Les fabricants, voulant trouver un public pour ces ordinateurs à destination du grand public, ont choisi un marketing très orienté vers les garçons, insistant sur le fait que les ordinateurs permettaient de jouer à des jeux plutôt testostéronés, et faisaient des garçons actifs, qui avaient toutes les chances de séduire les filles. (…) Et cela a eu des conséquences : les parents ont eu plutôt tendance à acheter des ordinateurs pour leurs fils, même si leurs filles en voulaient un aussi. Résultat, à l’université, les garçons avaient déjà eu l’occasion de manipuler des ordinateurs, les filles beaucoup moins : cela leur conférait un avantage qui a conduit les filles à progressivement abandonner ces cours.

Pour avoir connu cette époque, nous considérons une autre explication : jusqu’au milieu des années 80, faire une carrière dans l’informatique signifiait rejoindre de grandes maisons comme IBM ou d’autres – qui ont quasiment toutes disparues, donc on vous épargnera une séance de name-dropping – où la culture d’entreprise était similaire à celle qu’on pouvait trouver chez Procter & Gamble ou General Electric : les postes proposés pour les diplômés étaient majoritairement des postes de management ou de direction commerciale de grands comptes, où les qualités humaines sont prédiminantes.

Avec l’arrivée de la micro-informatique, c’est la culture geek qui a envahi le secteur : celle-ci a ses bons côtés – le style cool, la méritocratie, le partage de connaissances – mais aussi ses moins bons – notamment son système social assez immature reposant par exemple sur la glorification des nocturnes de codage et la vénération de films de science-fiction : pas forcément de quoi attirer un maximum d’étudiantes.

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