Minute papillon

C’est une affaire entendue, les banquiers savent bien parler.

Par exemple, prenez Simon Derrick, ce banquier britannique à qui le Monde vient de consacrer un article à propos de l’évolution du cours du pétrole ; avec un patronyme pareil, le sujet s’imposait sans doute.

Que dit Simon ?

Pour lui, les fondamentaux sous-jacents d’un marché n’ont guère d’importance. Ce qui compte vraiment est la politique monétaire mondiale.

Autrement dit, dans notre langage : « on s’en fout du sous-jacent », expression que nos lecteurs connaissent désormais depuis 5 ans.

Ce qui est dommage, c’est que l’article, pourtant intitulé Sur les marchés financiers, l’effet papillon, passe complètement à côté du sujet, à savoir le caractère désormais complètement chaotique de la plupart des prix, cours et cotations des actifs dont a besoin notre moderne pour tourner : pétrole, mais aussi toutes les autres matières premières, immobilier, actions, obligations, etc.

Son explication même est fausse : il n’y a pas de « politique monétaire mondiale » mais au contraire de simples politiques monétaires régionales qui sont déterminées par la banque centrale de l’étape, dans l’unique intérêt de son pays, voire parfois de ses réserves). C’est le manque de synchronisme et de coordination entre ces différentes boutiques financières qui provoque à-coups et inversions inattendues des tendances.

Ce n’est parce qu’il y a chaos qu’il y a impossibilité de prévoir, au contraire : comme il y a un peu de banques centrales influentes, comme leurs options sont limitées, que leur mandat est connu et que les indicateurs sur lesquels elles prennent leurs décisions le sont également, la plupart des prévisionnistes essaient aujourd’hui d’anticiper, par la théorie des jeux, comment les différentes positions vont évoluer et en déduire d’abord les effets sur les taux de change, puis sur les matières premières, puis sur la croissance des différents pays, puis enfin sur l’immobilier et sur les actions et obligations des sociétés présentes dans ces pays.

Le problème reste qu’il y a beaucoup de bruit dans le signal : hors cygne noir, on peut identifier les zones incertaines, comme le prix du pétrole dans les 3-6 prochains mois, mais prévoir assez facilement la plupart des tendances de fond jusqu’à un horizon de 12 à 18 mois. Au-delà, tout et son contraire sont possibles et il faut cette fois-ci tenter de revenir aux sous-jacents en faisant de la prospective, et de la même façon, lorsqu’on écrit l’Histoire, on se dépêche d’oublier l’existence des marchés monétaires, pourtant non dépourvus de visages.

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