De l’équilibre des rôles entre COP et GIEC

On peut encore espérer que la COP21 va amener des décisions efficaces en matière de lutte contre le changement climatique.
Mais pour l’instant, à part les restrictions accrues en matière de libertés individuelles, nombreux sont les « COP-sceptiques » qui constatent, avec la vingtaine d’années de recul qu’offre désormais l’histoire contemporaine, l’inefficacité flagrante des paroles et des actes à ce sujet, comme le résume le petit graphique suivant :
COP impact on atmospheric CO2
Curieusement, alors que les études abondent sur les causes du problème ainsi que les possibles solutions techniques et économiques, la question de la gouvernance du changement à mener est souvent laissée dans l’ombre. Aujourd’hui, en simplifiant énormément, nous disposons du dispositif suivant :
  1. un groupe d’experts techniques chargés de recenser, factualiser et résumer la problématique et les options disponibles : le GIEC
  2. une instance de décision qui prend connaissance des conclusions de ce groupe d’experts pour décider du changement à entreprendre : la COP
  3. une nébuleuse de lobbyistes et d’activistes gravitant autour des deux corps ci-dessus, les uns cherchant à accélérer le changement, d’autres à le ralentir et encore d’autres à l’utiliser comme déguiser leurs actions envers des causes moins nobles et avouables.
Airfrance - CO2 is in the air 411x600
Une fois encore, nous nous permettrons d’aller chercher Asimov pour décrypter la situation. dans son Cycle de Fondation, l’auteur de science-fiction américain décrit une organisation de scientifiques, créée aux confins d’un futur Empire Galactique en déliquescence afin d’accélérer la période de transition vers l’Empire suivant. Cette organisation, la Fondation, rassemble tous les « sachants » possibles et inimaginables… les spécialistes des sciences de l’esprit mis à part. De façon à ne pas dévoiler les principaux ressorts de ce cycle à ceux qui ne l’ont pas encore lu, nous nous contenterons de dire que cette absence était un choix assumé par le créateur même de la Fondation, le mythique Hari Seldon, une sorte d’Einstein de la data science.
Il semble en être de même pour le GIEC : on y trouve quasiment toutes les spécialités scientifiques ayant de près ou de loin un rapport avec le changement climatique, mais aucun théoricien de la décision. Or depuis plusieurs années, la question n’est plus de démontrer la réalité du changement climatique ni de chercher des solutions miracle par le truchement de méthodes créatives avancées, il s’agit de passer à l’action et pour cela, il faut décider : taxe carbone, géo-ingénierie, bannissement du charbon… Comment espérer arriver à faire acter de telles mesures, plus affriolantes les unes que les autres, par un mécanisme de négociation générique impliquant 196 parties prenantes aux intérêts propres distincts ?
Ce fonctionnement ubuesque résiste au temps de façon surprenante.
La survie de la COP est assez prévisible : dans le public ou dans le privé, les comités inutiles sont légion. Rares sont ceux capables de porter sur eux-mêmes un diagnostic objectif et de se saborder pour que leurs membres puissent utiliser leur temps de façon plus productive ailleurs ; la plupart du temps, ces instances mortes cherchent à retrouver la force vitale en invitant de nouveaux membres à leur bord.
Que le GIEC ne se rende pas compte qu’il s’épuise à fournir à une COP indécise des rapports toujours plus circonstanciés et incontestables est de prime abord plus surprenant. Tous ces beaux esprits très rationnels auraient dû inférer depuis longtemps les conclusions ci-dessus et cesser d’user leur jeunesse pour de vieux sârs qui, à la façon de Pierre Dac, se contentent de répondre « oui, je peux le faire » quand on leur demande s’ils peuvent changer le monde – et les médias, tel Francis Blanche, de retentir : « Ils peuvent le faire ! Bravo ! Ils sont vraiment sensationnels »
La réponse se trouve peut-être dans la perception très occidentale qu’ont les membres du GIEC de leur rôle. Dans les processus de R&D aux États-Unis comme en Europe, le chercheur ou l’ingénieur a pour mission principale de faire avancer, par ses travaux personnels, le sujet scientifique ou technique qui lui est confié. Dès lors qu’il tombe sur un problème dont la résolution dépasse la mise en activité de ses propres compétences techniques, il va « remonter le point » à une hiérarchie quelconque. Les membres du GIEC considèrent donc leur travail achevé lorsqu’ils remettent en grande pompe leurs rapports numérotés aux « décideurs ».
La mission d’un ingénieur japonais va beaucoup plus loin : il faut sans doute y voir là l’une des clés de la réussite industrielle de l’Archipel. En effet, si vous demandez là-bas en quoi consiste cette mission, il vous sera répondu :
  1. faire avancer, par ses travaux personnels, le sujet scientifique ou technique qui lui est confié
  2. identifier les problèmes dont la résolution dépasse la mise en activité de ses propres compétences techniques et les caractériser avec l’aide de ses collègues
  3. identifier les personnes qui peuvent l’aider à résoudre ces problèmes et les solliciter de la façon appropriée
  4. identifier les actions correctives avec ces personnes
  5. décider la mise en œuvre des actions et le cas échéant, identifier les personnes qui doivent prendre cette décision

Or, combien avons-nous de Japonais parmi les 838 auteurs et réviseurs du 5e rapport du GIEC ? 33, c’est-à-dire même pas 4%.

Le GIEC est aux Japonais absent. Pourtant, c’est peut-être en prenant ce Japanese Way of Working qu’il parviendrait à faire enfin bouger les lignes et amener des progrès significatifs.

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2 commentaires

  1. Vincent · novembre 29, 2015

    Pour une entreprise :
    CA , charges et émissions de co2 sont homothétiques (en gros). Si on veut faire baisser un terme, il faut accepter que les autres baissent également.
    C’est le même principe au niveau des états…qui veut de la décroissance ?

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  2. Wendy · novembre 30, 2015

    Oui, oui , oui…. Mais surtout faudrait-il que les entreprises mondialement représentatives y trouvent leur compte.

    En cette fin de civilisation carbonnée ( je passe sur les avanies de la transition ) peut être finalement que le Kapital à lui seul va trouver les solutions pour sa sauvegarde.

    Les profits baissent dans cette période de contrainte énergétique et ne sont plus générés que par des jeux financiers et non productifs ce qui amène une croissance négative.et donc… Etc…

    Peut être que les grands groupes pétrochimiques ( et leurs attenants ) vont suffisamment investir en R&D et pousser à une transition rapide.

    Je reste assez sceptique sur les capacités des grands groupes industriels à réussir une transition rapide avec 7 milliards d’humains mais pour le reste ( la transition écologique ) je suis assez optimiste.

    Combien de pertes humaines sur combien de temps de transition, ça c’est autre chose…

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