Les mauvais contes

Cela fait presque la une de nombreux journaux, trop heureux d’annoncer une bonne nouvelle après la diabolique surprise du résultat des élections américaines puis l’anniversaire des attentats du 13-Novembre : les émissions de CO2 stagnent enfin et n’augmentent plus !

Un mystérieux organisme, le Global Carbon Project (GCP), annonce en effet que :

En 2015, les émissions de dioxyde de carbone issues de la combustion de ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz) ainsi que des cimenteries se sont élevées à 36,3 milliards de tonnes (gigatonnes ou Gt), au même niveau qu’en 2014. Ce chiffre, note l’étude, « marque une rupture claire et inattendue par rapport à la forte progression des émissions (+ 2,3 % par an) au cours de la décennie 2004-2013 ». En 2014, la hausse avait déjà été contenue à 0,7 %. Pour 2016, les experts prévoient une augmentation modérée de 0,2 %, à 36,4 Gt.

On se demande comment ces vaillants veilleurs du carbone anthropique parviennent à comptabiliser les émissions avec une telle précision, alors qu’il n’existe aucun organisme certificateur au niveau global qui s’assure de la vérité des chiffres de production et de consommation de gaz, pétrole et charbon. Pour de multiples raisons – manipulation des cours, incompétence, manque de moyens de mesure, erreurs de conversion… – les chiffres officiels sont tous entachés d’erreurs et, contrairement à ce que prétendent les cuistres, les erreurs ne s’annulent pas quand on les additionne. Et qui va aller vérifier les chiffres de nations comme la Russie, l’Inde ou le Brésil, connus pour leur transparence, leur absence totale de production et leur bienveillance vis-à-vis des émetteurs de critiques ?

Nos amis les compteurs à gaz du GCP reconnaissent que leur calcul n’est d’ailleurs pas tout à fait complet :

Ce bilan ne prend toutefois pas en compte les émissions dues aux changements d’affectation des sols, en particulier à la déforestation. Ce sont ainsi 4,8 Gt de CO2 (soit 1 Gt de plus que la moyenne annuelle de la précédente décennie) qu’il faut ajouter au total, qui s’établit alors à 41,1 Gt.

C’est ce qui s’appelle le syndrome du réverbère : on comptabilise ce qui est dans la lumière  – les combustibles fossiles, pour lesquels on a des chiffres, merci à BP et son Statistical Review of World Energy qui a du aider à faire une bonne partie du job – mais on ne cherche pas à estimer ce qui reste dans l’ombre – cela fait beaucoup plus de travail, après tout.

Comme d’habitude, ce genre d’article doit nous amener à la question chère aux romans policiers : à qui profite le crime ? Apparemment à toute l’industrie fossile, fière de (dé)montrer que ses émissions plafonnent – bien qu’elle n’entreprend rien de très concret pour cela. On peut donc suspecter que le GCP survit grâce à quelques subsides bien placées d’un ou plusieurs acteurs du monde de l’énergie soucieux d’améliorer leur image.

On regrettera une fois de plus le manque de recul des journalistes qui servent de caisse de résonance à ces raisonnements : si les émissions de carbone anthropique stagnent, comment se fait-il que la concentration continue à augmenter ?

co2_trend_gl

 

 

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