Unités de mesure

Lu dans les Echos de ce jour :
Selon le ministère allemand des Transports, les berlines concernées, assemblées entre 2009 et 2013, et répondant aux normes Euro 5, rejettent deux fois plus d’oxyde d’azote que la limite autorisée quand le volant est tourné de plus de 15 degrés… De son côté, Audi reconnaît des « anomalies » dans son communiqué publié jeudi soir.
Les champs magnétiques se mesurant en Tesla (équivalent à des kg A−1 s−2), va-t-on bientôt mesurer les champs de distorsion de réalité en Audi ?

Odyssées de l’IA

L’intelligence artificielle vue par un cinéaste, ça donne 2001, l’Odyssée de l’Espace :

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L’intelligence artificielle mise en oeuvre par des ingénieurs, ça donne 2017, l’Odyssée de la Renault Espace :

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Difficile de croire que ce bricolage hétéroclite est capable de conduire une voiture tout seul… et pourtant !

Un mix loin du max

Après l’avion solaire qui avait mis plus d’un an pour faire le tour du monde – soit une vitesse moyenne de 3,5 km/h, moins vite qu’un homme qui marche – voici un autre exemple d’assemblage peu inspiré de technologies : Energy Observer, le bateau qui mixe éoliennes, panneaux solaires et hydrogène pour avancer.

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Dans la série « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », ce navire a su éviter la facilité consistant à se contenter de hisser un mât et des voiles ! Car il est plus aisé de trouver du vent que du soleil en mer, surtout en Bretagne où se trouve apparemment son port d’attache.

Le plus amusant dans ce design, c’est que les éoliennes sont trop petites et inadaptées à assurer seules la propulsion du bateau : il eut mieux valu utiliser des turbovoiles pour cela, mais le génial concepteur de ce vaisseau d’un futur alternatif ne devait pas connaître le concept… Résultat : une fois sa réserve d’hydrogène épuisée – et cela doit vite survenir, essayez de caser des réservoirs haute pression dans une fine coque de catamaran de compétition- ce bateau est incapable d’avancer par ciel couvert et encore moins la nuit.

Les responsables du projet, baignant dans l’optimisme, annoncent faire le tour du monde en six ans ! En se laissant porter par les courants, on peut aller plus vite…

Amusante conjonction d’actualité par ailleurs sur Yahoo! : les USA envoie également un (Nuclear) Energy Observer :

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Sortir du PIB

On a été amenés à découvrir l’interview de M. Gaël Giraud sur le blog Oil Man :

Gaël Giraud, du CNRS : « Le vrai rôle de l’énergie va obliger les économistes à changer de dogme »

Contrairement à ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie, l’énergie (et non le capital, sans elle inerte) se révèle être LE facteur essentiel de la croissance, selon Gaël Giraud, 44 ans, directeur de recherche au CNRS et jésuite. Economistes, perpétuez-vous depuis deux siècles la même bourde fatidique ?

Ce monsieur est très intelligent mais comme il ne sait pas sortir du cadre théorique qu’on lui a appris, il finit par tourner en boucle, comme beaucoup d’autres théoriciens de l’énergie et de l’économie d’ailleurs.
Par exemple, il est complètement obsédé par la croissance du PIB qu’il considère comme une variable économique fondamentale, au même titre que la gravitation en physique. La révolution copernicienne qu’il nous propose est d’annoncer que la croissance est plus corrélée à l’énergie qu’au capital… Est-on plus près de Copernic que de Hipparque et de ses épicycles ?

Pourtant, le concept de PIB a seulement émergé il y a 80 ans… pour sortir de la dépression des années 30. Il a été assez utile jusqu’au début des années 70, mais il est plus que temps désormais de changer d’instrument de mesure, au moins dans les pays occidentaux. C’est un peu comme si on considérait que, pour suivre la santé d’un être humain, il fallait éternellement mettre sous contrôle l’accroissement de sa taille sous prétexte que c’est un facteur prédominant pendant l’enfance ! Evidemment, à partir de 20-25 ans, cette approche révèle ses limites, surtout si elle pousse le corps médical à prescrire des talonnettes voire à rajouter des vertèbres…
Sans pour autant prétendre que notre société est arrivé à l’âge adulte et encore moins à celui de la sagesse, il faut désormais décider quelle est notre nouvelle frontière : c’est une exercice de vision difficile mais qui sera nécessaire pour sortir de la crise. Aujourd’hui, cette vision n’existe pas, la preuve en est l’expression de « transition énergétique » : transition vers quoi ? On nous donne comme objectif le passage d’un gué, mais personne ne nous parle de l’autre rive.
Mais ce n’est pas en restant focalisé sur la disposition des roseaux sur notre rive du moment, ni même en regardant le chemin chaotique qui nous a permis d’y parvenir, qu’on progressera vraiment.

Pic, où es-tu ?

En ce moment, s’il y a bien un sujet qui n’intéresse personne, c’est le pic pétrolier : ce fameux moment où la production pétrolière va plafonner puis régresser inexorablement, du fait de l’épuisement progressif des gisements.

Pourtant, si on en croit l’un de ses théoriciens les plus pugnaces, Jean Laherrère, membre éminent de l’ASPO, il n’est effectivement plus très loin, aussi bien valeur absolue qu’en valeur relative – c’est-à-dire en barils par tête de pipe.

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Vivons-nous nos derniers moments calmes de croisière ? Nos esprits sont ainsi faits que nous avons plus facilement tendance à imaginer les conséquences négatives d’un événement que les positives : on pressent donc facilement le ré-emballement prochain du prix du pétrole, l’abandon sine die des concepts technologiques « terraplatistes » tels que la voiture qui vole – sa remarquable intelligence artificielle ne pourra contrebalancer une dépense en carburant phénoménale – et… le retour du nucléaire, malgré les grands épanchements de bons sentiments en matière de transition énergétique. Laherrère voit également l’Afrique envahir l’Europe : c’est oublier que notre grand cimentier européen Lafarge aura d’ici là acquis une grande expérience en matière de mur anti-immigration…

On peut aussi envisager qu’avec une administration Trump plus isolationniste que les précédents gouvernements états-uniens, il y a désormais une véritable opportunité pour la Chine pour améliorer ses positions géopolitiques mondiales avec la maîtrise des sources pétrolières en objectif prioritaire. La carte du monde et de ses zones d’influence va probablement évoluer fortement dans les prochaines années, sans que ce soit forcément une régression.

Le Gulf Stream survivra-t-il ?

Toute la sphère médiatique étant en ce moment en train de se pâmer devant les gadgets technologiques du CES à Las Vegas, et l’air du temps étant de moins en moins propices à la question du réchauffement climatique – surtout quand il fait froid l’hiver – une étude récemment publiée de chercheurs du Scripps Institution of Oceanography de San Diego et de l’Université du Wisconsin-Madison est passé relativement inaperçue. Nous n’en avons entendu parler que par RealClimate.

Pourtant, ses conclusions méritent l’attention : ces nouveaux travaux de modélisation montrent que l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère pourrait finalement perturber beaucoup plus profondément le Gulf Stream qu’on ne le pensait pour le moment. La conséquence directe serait le refroidissement marqué du Groenland et de l’Europe du Nord-Ouest, dans un horizon de temps de plusieurs siècles.

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Comme d’habitude en matière scientifique, il faut encore d’autres études pour affiner et confirmer de tels résultats. Cela ne signifie pas que nous autres Européens, nous devons nous réjouir d’échapper potentiellement ainsi aux canicules démentielles induites par le changement climatique : cela montre surtout que nous avons toujours beaucoup de mal à simplement comprendre comment le monde tourne.

Où sont passées les geekettes ?

Le blog classe éco nous soumet un graphique intéressant sur l’évolution du mix homme-femmes dans les filières d’éducation supérieure aux USA :

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Si on s’accorde sur la corrélation entre la brutale inversion de tendance des métiers de l’informatique et l’apparition de la micro-informatiqie, l’auteur relaie par contre un point de vue contestable et que nous contestons :

Les fabricants, voulant trouver un public pour ces ordinateurs à destination du grand public, ont choisi un marketing très orienté vers les garçons, insistant sur le fait que les ordinateurs permettaient de jouer à des jeux plutôt testostéronés, et faisaient des garçons actifs, qui avaient toutes les chances de séduire les filles. (…) Et cela a eu des conséquences : les parents ont eu plutôt tendance à acheter des ordinateurs pour leurs fils, même si leurs filles en voulaient un aussi. Résultat, à l’université, les garçons avaient déjà eu l’occasion de manipuler des ordinateurs, les filles beaucoup moins : cela leur conférait un avantage qui a conduit les filles à progressivement abandonner ces cours.

Pour avoir connu cette époque, nous considérons une autre explication : jusqu’au milieu des années 80, faire une carrière dans l’informatique signifiait rejoindre de grandes maisons comme IBM ou d’autres – qui ont quasiment toutes disparues, donc on vous épargnera une séance de name-dropping – où la culture d’entreprise était similaire à celle qu’on pouvait trouver chez Procter & Gamble ou General Electric : les postes proposés pour les diplômés étaient majoritairement des postes de management ou de direction commerciale de grands comptes, où les qualités humaines sont prédiminantes.

Avec l’arrivée de la micro-informatique, c’est la culture geek qui a envahi le secteur : celle-ci a ses bons côtés – le style cool, la méritocratie, le partage de connaissances – mais aussi ses moins bons – notamment son système social assez immature reposant par exemple sur la glorification des nocturnes de codage et la vénération de films de science-fiction : pas forcément de quoi attirer un maximum d’étudiantes.

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