BreakTheWall@Berlin

vorsicht charlie.jpg

Comment rendre agile une entreprise européenne traditionnelle ? Comment casser les silos des organisations ? Comment faire tomber les murs entre les équipes ? Berlin est sans doute la meilleure ville où trouver facilement des réponses à de telles questions.

L’inspiration du terrain

A chaque coin de rue, l’urbanisme de la capitale allemande apparaît comme l’analogie d’une transformation réussie : historique assumé, alliance – plutôt qu’opposition – de l’ancien et du moderne, actifs valorisés chaque fois que possible… et chantier permanent. Il y a toujours quelque chose à construire, à améliorer ou à restaurer. Les délais ne sont pas toujours tenus, mais la vision guide l’action de l’entrepreneur jusqu’à son terme.

À Berlin, tout n’est pas conçu pour résister au temps qui passe : les pop-up stores fleurissent, les boutiques se déplacent dans la ville en fonction des opportunités, sans se sentir obligées de figer une fois pour toutes une adresse pourtant prestigieuse. Si la marque est puissante et son expérience agréable – pas besoin d’aller jusqu’à l’addiction – d’un coup d’œil à leur device, les clients pourront aisément la relocaliser.

Back to Basics

Le milieu technologique berlinois est pragmatique. Ici, on laisse à d’autres écosystèmes plus prétentieux les discours à base de disruption, de logiciel qui dévore le monde en général et votre déjeuner en particulier, ou de winner takes all. Chacun innove et développe produits et services en bonne intelligence avec les autres acteurs, qu’ils soient des startups, des acteurs établis de la technologie ou des monuments industriels. On cherche à faire un bon produit, sur le fond comme sur le style, en respectant le client – donc pas d’espionnage, pas de hook. Être agile ne signifie pas renier les standards qui ont fait la force de la deutsche Qualität.

N’est-ce pas là l’esprit qui animait la Silicon Valley à ses débuts, avant que la software platform industry n’établisse son hégémonie ? Ou est-ce tout simplement le souffle national du Mittelstand ? En tout cas, ici on a compris qu’il ne suffit pas de singer les rituels de l’agilité, d’en adopter le jargon et d’en adorer les totems pour en obtenir les bénéfices. Passer d’une logique de travail en groupe à celle de travail en équipe est un long chemin où il faut échouer pour avancer.

#BreakTheWall

Rappelons-nous pour finir cette belle leçon d’histoire : le mur de Berlin a été construit en top-down, mais il a été détruit par le bottom-up.

Sérendipité à Gif-sur-Yvette en 2017

On a eu l’occasion ce matin de visiter le nouveau campus CentraleSupélec, pas encore officiellement inauguré mais déjà opérationnel.

Dans le cadre des travaux que nous menons sur les nouveaux lieux de travail – des Grands-Voisins au Square Paris en passant par la soucoupe volante de l’Apple Park – soulignons le travail intelligent des architectes qui, pour une fois, ont privilégié l’intérieur à l’extérieur.

Quand on arrive sur le plateau de Saclay battu par le vent et la pluie, fidèlement guidé par le GPS sans lequel on risquerait de connaître le triste sort de David Vincent, deux énormes parallélépipèdes que n’aurait pas reniés Stanley Kubrick vous écrasent de leur masse de béton et d’acier.

2017-09-19 12.00.51.jpg

Reprenant le slogan des conserves Buitoni qui affirmait que l’important était dans la boîte, les créateurs du lieu ont mis toute leur intelligence au service de l’expérience intérieure, faisant appel au principe de sérendipité pour mettre ensemble des lieux sans lien logique apparent.

2017-09-19 09.11.15

Au hasard de nos pérégrinations, on passe ainsi successivement devant une zone de coworking, une salle de cours, un coin détente, un studio vidéo avec fond vert pour tourner la suite tant attendue d’Avatar, une autre salle de cours…

2017-09-19 09.13.56

Voici le Capitole la place centrale, j’y arrête mes pas : un endroit vers lequel on est magnétiquement attiré par la lumière, l’espace et les machines à café. En journée, la zone sert de cafétéria / resto U – les machines à café sont badgées « 100% CROUS » – mais au vu de la rampe de projecteurs sous la verrière, inutile de dire que d’autres usages pourront y être satisfaits à des heures plus avancées.

2017-09-19 08.37.48

Une signalétique apparemment ésotérique permet de s’orienter, si on dispose de quelques facilité en matière de cryptographie : une façon de vérifier que le concours d’entrée a sélectionné des têtes bien faites. Ou alors ce sont des emplacements dont les noms restent à vendre ?

2017-09-19 08.47.46

Les salles de cours ne bénéficient pas toutes de la lumière naturelle, mais sont équipées de vidéoprojecteurs de compétition et de curieuses crémaillères distributrices de prises électriques, chichement réparties au plafond : la multiprise va rapidement s’imposer dans le kit de survie de l’élève-ingénieur.

CS volumes

Par la multiplicité des niveaux agrémentés de terrasses, les grands volumes qui en résultent et la répartition quasi-aléatoire des lieux de vie et d’étude, ce campus n’est pas sans évoquer une villa romaine restaurée par le Bauhaus. Malgré le temps exécrable, la lumière est omniprésente et va jusqu’à réchauffer les nombreux murs de béton brut – car c’est bien leur niveau de finition définitive.

CS Trees

Il y a même des arbres ! Et la croissance de leur tronc jusqu’à des diamètres séculaires est prévu : il suffira de retirer les dalles amovibles qui protègent leurs frêles racines actuelles.

2017-09-19 09.23.07

Certains concepts mobiliers, comme ces wigwams-workshops plantés sur la terrasse Miannay et destinés à abriter des équipes de travail en conclave derrière leurs rideaux, nécessiteront peut-être d’être validés par l’usage, mais reconnaissons-leur des qualités d’isolation phonique supérieures aux minces panneaux de particules qu’on rencontre habituellement dans les bureaux paysagers. Et d’une façon générale, malgré tous ces grands volumes, la qualité sonore de l’édifice est bluffante : pas d’écho façon cathédrale ou station de métro.

amphi

Et les amphis ? Malgré l’heure matinale, ceux-ci étaient déjà occupés, donc pas possible de visiter. Vus de l’extérieur, à travers leurs baies vitrées, ils semblent accueillants et offrent à l’intervenant, professeur ou conférencier, une large scène pour s’exprimer : ne dites plus cours magistral mais plutôt keynote pour décrire l’événement… Les anachroniques tableaux noirs étaient donc déjà interdits de séjour, abandonnés dans le couloir comme s’ils attendaient le passage des encombrants.

C’est déjà demain !

Back to the office

La grande chef du marketing d’IBM vient de sonner la fin de la récré aux USA : ses subordonnés ne pourront plus travailler là où ils le souhaitent – de chez eux ou dans un « bureau de proximité », lieu anonyme et générique implanté dans une zone d’activité proche de chez eux – mais devront désormais choisir d’être affectés de façon permanente à un des six bureaux ouverts aux Etats-Unis, de la côte Ouest à la côte Est. Elle ne fait ainsi que suivre l’exemple de ses collègues de l’informatique, des achats ou de la conception… et surtout de toutes les grandes « Tech Companies » : chez Amazon, Tesla ou Google, il n’y a pas de télétravail. Au contraire, tout est fait pour que l’employé considère son lieu de travail comme sa deuxième maison, voire sa première.

IMG_1179

Le coin cafét’ chez Netflix : tout est évidemment en accès gratuit

 

Bons baisers de Normandie atomique

Nous avons profité de quelques jours de vacances dans le Cotentin pour passer devant deux emblèmes de l’industrie nucléaire française.

La Hague

L’usine de retraitement de la Hague, déserte en fin de journée quand les employés et sous-traitants ont fini leur journée, est remarquable par la surface qu’elle occupe : on la longe pendant plusieurs kilomètres. Toutefois, les dimensions modestes de ses installations et l’absence de la moindre fumée ou de vapeur ne font pas d’elle un véritable monument industriel à la façon des usines sidérurgiques.

FL3

A Flamanville, petite bourgade traversée de part en part par des lignes à haute tension, on vit de et par la centrale qui se cache derrière son talus artificiel. Pour qui n’a pas le sésame pour pénétrer sur site, l’EPR en construction ne se signale que les grues et les accès chantier.

Sunset Nuclear

Tout cela dans un grand souci sécuritaire, qui n’est malheureusement pas de la paranoïa. En prenant ces quelques photos, nous nous attendions à tout moment à voir surgir de patibulaires gardiens, comme cela se passe aux USA quand vous essayez de prendre un cliché-souvenir du bâtiment de la NSA…

Impressions au pays du soleil levant

Tokyo---from-the-Skyline-Tree.jpg Fukushima est tout droit, à l’horizon, à peu près dans la direction donnée par l’ombre de la tour où nous nous sommes perchés pour prendre la photo.

Quand on est à 1000 pieds au-dessus de Tokyo, on a du mal à distinguer la circulation automobile, qui ferait se pâmer une certaine Anne : pas un seul claquement de diesel, que du bon (gros) moteur à essence qui ronronne doucement…

Et il n’y a pas que des voitures au Japon : le vélo est très répandu. Il se pratique sans casque et en roulant sur les trottoirs, ce qui n’est pas des plus confortables pour les piétons.

Aux abords des gares, comme ici à Atsugi, à une heure de train de Tokyo, les vélos peuvent jouir de superbes parkings comme celui ci-dessous, qui s’étale sur 3 étages.

Atsugi---parking-a-velos.jpg