Les routières seront sympa

On est tombé sur cet amusant petit cartoon publié dans le New Yorker de l’été dernier :

Not super-smart.jpgLa voiture pas vraiment maline mais qui vous soutient vraiment : « Ça alors, quelle extraordinaire conductrice vous faites ! »

Blague à part, la voiture de demain ressemblera peut-être plus à cette Not Super-Smart Car qu’aux beaux concept-cars des salons de l’auto ou aux prototypes autonomes qui sillonnent les rues de Californie.

Aujourd’hui, constructeurs, consultants et conteurs nous annoncent des lendemains chatoyants où la voiture sera 1) connectée et 2) autonome.

Nous reviendrons dans un autre article sur la question du 2). Le problème du 1), c’est qu’on a toujours du mal à voir en quoi une voiture connectée serait supérieure à un téléphone, connecté par essence et dont les stores débordent d’applications. Toutes les idées que vous pourriez avoir pour la voiture connectée sont déjà disponibles sur votre téléphone…

Mais avec un peu de technologie embarquée et beaucoup d’intelligence, on pourrait faire des voitures qui vous soutiennent, qui sont sympathiques. Elles pourraient vous féliciter quand vous conduisez bien depuis suffisamment de temps – sauf quand vous activer le mode Flattery, parce que de temps en temps ça peut faire du bien à votre ego. Elles pourraient aussi mettre d’elle-même une musique douce quand elles voient que vous tirez la gueule – pas de science-fiction ici, la technologie est disponible et ne coûte rien. Elles pourraient même surveiller les enfants à l’arrière et les distraire de façon moins stupides que nous l’avons tous fait en leur mettant le DVD de la Reine des Neiges pour la centième fois.

Le champ est bizarrement aujourd’hui peu exploré, alors que si on réfléchit bien, n’est-ce pas ce que font nos not-so-smart-phones ? Sur le plan purement fonctionnel, ils font à peu près la même chose qu’un PC de la fin des années 90, mais avec quel sens de la personnalisation et quelle expérience utilisateur ! Et d’une façon telle que nous en sommes tombés accros

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Image réalisée sans trucage

Tesla on orbit

SpaceX a réussi son pari : le lanceur lourd Falcon Heavy a lancé ce soir une Tesla Roadster en orbite terrestre, tandis que les 3 premiers étages de la fusées revenaient bien sagement se poser sur Terre.

Et ce n’est pas fini, dans quelques heures, une ultime poussée du dernier étage enverra la voiture électrique en orbite martienne…

Smart City = Servant City

Qu’est-ce qu’une Smart City ? Les réponses varient, selon que vous posez la question à un élu, à Elon Musk ou à JCDecaux.
Au-delà des élucubrations technologiques assorties de surlendemains qui chantent que nous assènent de nombreux cuistres, nous avons la chance de parler français et de pouvoir traduire city par 2 mots au sens différents : cela tombe bien car il y aura deux smart cities pour le prix d’une.
Cela fait belle lurette que le mot cité n’évoque plus celle de Socrate et de Périclès : de nos jours, ce terme décrit un lieu où s’entassent les classes populaires les plus pauvres et dont la version smart sera peuplée de caméras de surveillance, de drones et bien d’autres possibilités techniques qui permettra d’en éviter l’embrasement.
La ville est au contraire là où se concentrent les richesses, et elle souffre du grand défaut de ne pas savoir les redistribuer vers son extérieur : une fois l’argent en ville, il sera thésaurisé sous la forme d’immobilier ou d’objets de luxe, et éventuellement transféré – par avion ou par Internet – vers une autre ville.
Sa version smart sera au service des happy few qui y habitent, plus préoccupés par l’état de la planète que de celui de leur voisin de palier, véritables citoyens au sens de la cité hellène : le moindre de leurs désirs sera satisfait, dans le respect de Gaïa, par une nuée de domestiques et d’esclaves modernes, importés pour la journée par des transports en commun antédiluviens.
Si on vous dit que le futur d’Uber sera dans le robotaxi, n’y croyez pas trop : à partir de 2020, sinon avant, il faudra plutôt s’attendre à une croissance exponentielle des pousse-pousse et autres cyclotaxis, recarrossés pour faire moderne, et bien sûr réquisitionnables à l’envi avec un smartphone.
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Car le business case d’une telle solution de transport est sans rival : peu capitalistique, faisant largement appel à de la main-d’oeuvre non qualifiée, parfaitement zéro émission, silencieux… et se déplaçant in fine à environ 10 km/h, soit la même vitesse moyenne en ville qu’une voiture bardée de technologies.

Sea Bubbles : il flotte mais il s’éloigne

Ca y est ! Salon Viva Technologies oblige – expression franchouillarde de la bulle « digitale » actuelle – alors que Londres cherche à éteindre les braises de la tour Grenfell, Anne Hidalgo a effectué un petit tour sur le prototype « numéro un » de Sea Bubbles, comme l’explique Sciences & Avenir.

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Mais les embruns n’avaient pas encore séché sur la coque de l’embarcation innovante que la maire de Paris prenait déjà ses distances avec la transformation du concept en un dispositif concret de transport en commun :

« C’est silencieux, c’est confortable, c’est ludique », s’est enthousiasmée la maire PS de Paris, qui soutient le projet depuis ses débuts, en imaginant dans quelques années un service de bateaux-taxis qui pourrait ainsi opérer sur la Seine.

Et plus loin :

Mettre en place un tel système, « ca peut aller très vite si on trouve des opérateurs. On peut l’imaginer dans les quatre ans. Mais je ne fixe pas de limite de temps ».

Autrement dit, difficile de passer en vraie grandeur d’ici la fin de son mandat électoral actuel. Et vu le succès de la République En Marche aux élections législatives dans les circonscriptions parisiennes – et l’échec de ses amis frondeurs du PS – il n’est pas certain qu’elle rempile au mandat suivant. Par contre, qu’elle utilise alors son carnet d’adresses du réseau C40 pour se transformer en VRP Sea Bubbles aux quatre coins du monde est loin d’être improbable.

SeaBubble, la bulle municipale

Les communicants au service des politiques sont en forme en ce début d’année. Après la route solaire inaugurée par Ségolène Royal et qu’Olivier Appert, ancien responsable d’IFP Energies Nouvelles, étrille bien gentiment dans un de ses derniers articles :

Cette technologie n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est d’avoir trouvé un État prêt à dépenser beaucoup d’argent. Ceci a fait dire à Jenny Chase, directrice des analyses solaires au sein de Bloomberg New Energy Finance : « les routes solaires semblent être un moyen de subventionner les entreprises françaises, pas de produire de l’électricité »

Pendant ce temps-là, Anne Hidalgo a jeté son dévolu sur un quasi-OFNI (Objet Flottant Non Identifié) : le concept de taxi-bateau électrique SeaBubble développé par SeaBubbles  – subtil – dont vous trouverez ci-dessous un synoptique du fonctionnement :

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Car on a effectivement du mal à croire à l’avenir tant de l’engin que du service qu’il est supposé remplir.

L’engin tout d’abord : la société SeaBubbles annonce sur son site un calendrier de développement qui nous laisse pantois :

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Généralement, quand on est en phase de fabrication d’un prototype dont on a déjà dévoilé les lignes, on est fier du passage à la phase concrète et on n’hésite pas à afficher des photos de la fabrication en cours et, au vu de la « timeline » ci-dessus, les sujets ne devraient pas manquer. Rien de tel concernant SeaBubble : le seul objet physique qu’on arrive à trouver sur le Net, c’est une malheureuse impression 3D. Qui plus est, cette timeline nous paraît assez optimiste : 3 mois seulement pour tester le prototype (de décembre 2016 à février 2017), puis démarrage de la production dans la foulée ! Pour des concepts de transport innovants – a fortiori conçus pour le transport de passagers – on prévoit plutôt quelques trimestres d’essais intensifs.

Une fois que cet engin fonctionnera, il restera à mettre au point un service qui attitre… le chaland. Une fois réglé le petit problème de l’accostage – la ligne de flottaison est tellement basse qu’il sera difficile de monter ou descendre dans le véhicule depuis un quai parisien, qui surplombe généralement les flots de plusieurs dizaines de  centimètres – il faudra trouver une proposition de valeur qui fasse sens à côté des solutions de transport existantes. Avec une vitesse maximale de 12 km/h, cette SeaBubble va aussi vite qu’un Vélib et bien moins qu’une rame de RER C, qui longe elle aussi les quais, ou qu’un taxi roulant qui saura vous déposer directement là où vous souhaitez aller. Il restera également à se poser la question de la rentabilité économique de l’affaire, qui ne semble pas pour le moment attirer d’autres investisseurs que les municipalités : étrangement, ni la RATP ou Keolis – dont c’est le métier de transporter des gens – n’ont accordé un quelconque regard à cette bulle de technologie.

Pourtant, toute une équipe de bonnes fées s’est réunie autour du berceau de cet appareil, toujours si on en croit le site Web :

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Outre le fait qu’une même photo représente 2 personnes différentes – bon Ok, elles s’appellent Philippe toutes les deux, circonstance atténuante même si Philippe Camus doit être moyennement Jouace d’être confondu avec un de ses ex-subalternes – on est un peu surpris de découvrir Nicolas Baverez, essayiste et avocat selon Wikipedia, présenté dans le rôle de « régleur de grand-voile hydroptère« . Quelques coquilles sans doute dues au fait que tout ce petit monde ne perd pas de temps à relire les pages HTML de leur vitrine Internet et préfère passer tout leur temps à essayer leur prototype… Mais lequel au fait : celui de SeaBubble, ou plutôt celui de l’Hydroptère, ce trimaran de course expérimental autrement plus sérieux ?

La maire de Paris, soucieuse de montrer qu’elle est moderne et fréquente des starteupes,  qui se veut être l’icône de la transformation écolo-digitalo-olympio-sociétale et municipale, espère toujours « voler » au-dessus de l’eau en mars prochain. Silicon Valley, serait-elle chef d’escadrille ?

Après le « Like », bientôt le « Kill »

Un des gros problèmes qu’ont en ce moment tous ceux qui travaillent sur la voiture autonome, c’est de savoir coder l’équivalent des Trois Lois de la Robotique d’Asimov afin que leurs futurs véhicules puissent prendre les bonnes décisions face à une situation de conduite où la vie d’êtres humains sera en jeu.

Terminator facebookEt bien entendu, ils s’y cassent les dents. Comme le montre ce récent article du MIT Technology Review, les cas de figure où la machine devra choisir de tuer un humain à la place d’un ou de plusieurs autres, sans possibilité de trouver un scénario rose où tout le monde est sauf, abondent.

Qui osera écrire ces lignes de code ? Sans doute personne, car une solution est déjà à portée de main et elle a le bon goût de ne demander ni aux constructeurs ni aux législateurs des règles qu’ils répugnent à mettre noir sur blanc.

Cette solution consiste à récupérer sur les réseaux sociaux suffisamment d’informations personnelles relatives à celle ou celui qui se déclarera « commandant de bord » en montant dans le véhicule. Après un traitement approprié de ces données fondé sur des techniques d’apprentissage automatique, il sera bientôt possible de déduire quel serait la décision dudit commandant de bord s’il était au volant, face à un dilemme de conduite. C’est à peine de la science-fiction : on peut déjà prédire vos tendances politiques à partir de Facebook, même si vous ne croyez poster que des vidéos de chatons.

Pour éviter donc dans le futur d’être le dindon de la farce et que votre future voiture décide de vous sacrifier contre un platane pour éviter de percuter ce si mignon petit chat perdu au milieu de la route, une seule contre-mesure possible : soignez votre traces sur Internet, donnez dans l’égocentrisme sur les réseaux sociaux ! Postez quinze selfies par jour et « likez » les tous, « likez » les photos que les autres prennent de vous mais ne publiez jamais de photos d’un quelconque autre être vivant.

In ne s’agit plus de votre e-réputation, mais de vos chances de survie dans un monde bientôt sous domination des machines…