Sea Bubbles, pas Seine Bubbles

Futura-Sciences nous donne quelques nouvelles du projet Sea Bubbles, dont nous avions parlé il y a quelques semaines. Les premiers tests ont commencé dans la rade de Marseille, avec un prototype au design très éloigné des belles infographies qui ont fait flasher Anne Hidalgo.

proto Sea Bubbles

L’article prend une sérieuse distance par rapport aux annonces précédentes :

Les premiers modèles de Sea Bubbles pourront embarquer quatre passagers, dont un pilote

Ah, ce n’est plus autonome comme on l’avait cru. Comme il va falloir payer le pilote – qui devra avoir son permis bateau –  le prix de la course va être assez élevé et il y aura des horaires. Et histoire d’évacuer tout malentendu :

Les Sea Bubbles vont entrer en fabrication pour des essais en grandeur nature en février, avec l’objectif d’offrir aux Parisiens un moyen de transport supplémentaire, peut-être, un jour, sur le mode de la location.

Et puis y a un tout petit problème juridico-technique à résoudre :

La question de la vitesse minimale reste à régler car, à Paris, elle est limitée à 18 km/h à plus de 20 m de la rive et à 12 km/h en deçà (voir la réglementation fluviale parisienne diffusée par VNF). Les Sea Bubbles ont besoin de 11 à 15 km/h pour décoller.

Les Sea Bubbles vont donc devoir se mettre au milieu de la Seine, là où passent les péniches, pour décoller : près de la rive, elles seront comme un bateau classique, avec des foils en plus qui accroissent la traînée hydrodynamique : les batteries vont vite se vider à ce régime-là. Et vu l’étroitesse de la Seine lorsqu’elle traverse le centre historique, il est probable que les Sea Bubbles ne décolleront même pas du tout entre le pont Neuf et le pont de Sully – c’est-à-dire là où aurait justement besoin d’une alternative écologique pour désengorger la grande métropole.
Ce qui fait qu’à Paris, pour le moment, on fera juste ce qu’il faut pour que Hidalgo voit sa promesse tenue :

La capitale française sera d’ailleurs la première à accueillir une expérimentation en conditions réelles qui aura lieu cet été durant une quinzaine de jours.

Ouf ! On avait cru un moment qu’on envisageait un service permanent !

De toute façon, ne nous trompons pas : si le projet s’appelle Sea Bubbles, si les tests sont faits en mer Méditerranée, c’est sans doute parce que le marché-cible des fondateurs de la société n’est pas la Mairie de Paris, mais avant tout des yachtmen du dimanche. La Mairie de Paris a sans doute été vue comme une bonne poire destinée à mettre de l’argent dans la société et à faire la com’ du projet sans que cela ne coûte un seul centime à Sea Bubbles.

Back to the office

La grande chef du marketing d’IBM vient de sonner la fin de la récré aux USA : ses subordonnés ne pourront plus travailler là où ils le souhaitent – de chez eux ou dans un « bureau de proximité », lieu anonyme et générique implanté dans une zone d’activité proche de chez eux – mais devront désormais choisir d’être affectés de façon permanente à un des six bureaux ouverts aux Etats-Unis, de la côte Ouest à la côte Est. Elle ne fait ainsi que suivre l’exemple de ses collègues de l’informatique, des achats ou de la conception… et surtout de toutes les grandes « Tech Companies » : chez Amazon, Tesla ou Google, il n’y a pas de télétravail. Au contraire, tout est fait pour que l’employé considère son lieu de travail comme sa deuxième maison, voire sa première.

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Le coin cafét’ chez Netflix : tout est évidemment en accès gratuit

 

Sortir du PIB

On a été amenés à découvrir l’interview de M. Gaël Giraud sur le blog Oil Man :

Gaël Giraud, du CNRS : « Le vrai rôle de l’énergie va obliger les économistes à changer de dogme »

Contrairement à ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie, l’énergie (et non le capital, sans elle inerte) se révèle être LE facteur essentiel de la croissance, selon Gaël Giraud, 44 ans, directeur de recherche au CNRS et jésuite. Economistes, perpétuez-vous depuis deux siècles la même bourde fatidique ?

Ce monsieur est très intelligent mais comme il ne sait pas sortir du cadre théorique qu’on lui a appris, il finit par tourner en boucle, comme beaucoup d’autres théoriciens de l’énergie et de l’économie d’ailleurs.
Par exemple, il est complètement obsédé par la croissance du PIB qu’il considère comme une variable économique fondamentale, au même titre que la gravitation en physique. La révolution copernicienne qu’il nous propose est d’annoncer que la croissance est plus corrélée à l’énergie qu’au capital… Est-on plus près de Copernic que de Hipparque et de ses épicycles ?

Pourtant, le concept de PIB a seulement émergé il y a 80 ans… pour sortir de la dépression des années 30. Il a été assez utile jusqu’au début des années 70, mais il est plus que temps désormais de changer d’instrument de mesure, au moins dans les pays occidentaux. C’est un peu comme si on considérait que, pour suivre la santé d’un être humain, il fallait éternellement mettre sous contrôle l’accroissement de sa taille sous prétexte que c’est un facteur prédominant pendant l’enfance ! Evidemment, à partir de 20-25 ans, cette approche révèle ses limites, surtout si elle pousse le corps médical à prescrire des talonnettes voire à rajouter des vertèbres…
Sans pour autant prétendre que notre société est arrivé à l’âge adulte et encore moins à celui de la sagesse, il faut désormais décider quelle est notre nouvelle frontière : c’est une exercice de vision difficile mais qui sera nécessaire pour sortir de la crise. Aujourd’hui, cette vision n’existe pas, la preuve en est l’expression de « transition énergétique » : transition vers quoi ? On nous donne comme objectif le passage d’un gué, mais personne ne nous parle de l’autre rive.
Mais ce n’est pas en restant focalisé sur la disposition des roseaux sur notre rive du moment, ni même en regardant le chemin chaotique qui nous a permis d’y parvenir, qu’on progressera vraiment.

Pic, où es-tu ?

En ce moment, s’il y a bien un sujet qui n’intéresse personne, c’est le pic pétrolier : ce fameux moment où la production pétrolière va plafonner puis régresser inexorablement, du fait de l’épuisement progressif des gisements.

Pourtant, si on en croit l’un de ses théoriciens les plus pugnaces, Jean Laherrère, membre éminent de l’ASPO, il n’est effectivement plus très loin, aussi bien valeur absolue qu’en valeur relative – c’est-à-dire en barils par tête de pipe.

PO 2017

Vivons-nous nos derniers moments calmes de croisière ? Nos esprits sont ainsi faits que nous avons plus facilement tendance à imaginer les conséquences négatives d’un événement que les positives : on pressent donc facilement le ré-emballement prochain du prix du pétrole, l’abandon sine die des concepts technologiques « terraplatistes » tels que la voiture qui vole – sa remarquable intelligence artificielle ne pourra contrebalancer une dépense en carburant phénoménale – et… le retour du nucléaire, malgré les grands épanchements de bons sentiments en matière de transition énergétique. Laherrère voit également l’Afrique envahir l’Europe : c’est oublier que notre grand cimentier européen Lafarge aura d’ici là acquis une grande expérience en matière de mur anti-immigration…

On peut aussi envisager qu’avec une administration Trump plus isolationniste que les précédents gouvernements états-uniens, il y a désormais une véritable opportunité pour la Chine pour améliorer ses positions géopolitiques mondiales avec la maîtrise des sources pétrolières en objectif prioritaire. La carte du monde et de ses zones d’influence va probablement évoluer fortement dans les prochaines années, sans que ce soit forcément une régression.

SeaBubble, la bulle municipale

Les communicants au service des politiques sont en forme en ce début d’année. Après la route solaire inaugurée par Ségolène Royal et qu’Olivier Appert, ancien responsable d’IFP Energies Nouvelles, étrille bien gentiment dans un de ses derniers articles :

Cette technologie n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est d’avoir trouvé un État prêt à dépenser beaucoup d’argent. Ceci a fait dire à Jenny Chase, directrice des analyses solaires au sein de Bloomberg New Energy Finance : « les routes solaires semblent être un moyen de subventionner les entreprises françaises, pas de produire de l’électricité »

Pendant ce temps-là, Anne Hidalgo a jeté son dévolu sur un quasi-OFNI (Objet Flottant Non Identifié) : le concept de taxi-bateau électrique SeaBubble développé par SeaBubbles  – subtil – dont vous trouverez ci-dessous un synoptique du fonctionnement :

seabubble-how-it-actually-works

Car on a effectivement du mal à croire à l’avenir tant de l’engin que du service qu’il est supposé remplir.

L’engin tout d’abord : la société SeaBubbles annonce sur son site un calendrier de développement qui nous laisse pantois :

sb-timeline

Généralement, quand on est en phase de fabrication d’un prototype dont on a déjà dévoilé les lignes, on est fier du passage à la phase concrète et on n’hésite pas à afficher des photos de la fabrication en cours et, au vu de la « timeline » ci-dessus, les sujets ne devraient pas manquer. Rien de tel concernant SeaBubble : le seul objet physique qu’on arrive à trouver sur le Net, c’est une malheureuse impression 3D. Qui plus est, cette timeline nous paraît assez optimiste : 3 mois seulement pour tester le prototype (de décembre 2016 à février 2017), puis démarrage de la production dans la foulée ! Pour des concepts de transport innovants – a fortiori conçus pour le transport de passagers – on prévoit plutôt quelques trimestres d’essais intensifs.

Une fois que cet engin fonctionnera, il restera à mettre au point un service qui attitre… le chaland. Une fois réglé le petit problème de l’accostage – la ligne de flottaison est tellement basse qu’il sera difficile de monter ou descendre dans le véhicule depuis un quai parisien, qui surplombe généralement les flots de plusieurs dizaines de  centimètres – il faudra trouver une proposition de valeur qui fasse sens à côté des solutions de transport existantes. Avec une vitesse maximale de 12 km/h, cette SeaBubble va aussi vite qu’un Vélib et bien moins qu’une rame de RER C, qui longe elle aussi les quais, ou qu’un taxi roulant qui saura vous déposer directement là où vous souhaitez aller. Il restera également à se poser la question de la rentabilité économique de l’affaire, qui ne semble pas pour le moment attirer d’autres investisseurs que les municipalités : étrangement, ni la RATP ou Keolis – dont c’est le métier de transporter des gens – n’ont accordé un quelconque regard à cette bulle de technologie.

Pourtant, toute une équipe de bonnes fées s’est réunie autour du berceau de cet appareil, toujours si on en croit le site Web :

sb-team

Outre le fait qu’une même photo représente 2 personnes différentes – bon Ok, elles s’appellent Philippe toutes les deux, circonstance atténuante même si Philippe Camus doit être moyennement Jouace d’être confondu avec un de ses ex-subalternes – on est un peu surpris de découvrir Nicolas Baverez, essayiste et avocat selon Wikipedia, présenté dans le rôle de « régleur de grand-voile hydroptère« . Quelques coquilles sans doute dues au fait que tout ce petit monde ne perd pas de temps à relire les pages HTML de leur vitrine Internet et préfère passer tout leur temps à essayer leur prototype… Mais lequel au fait : celui de SeaBubble, ou plutôt celui de l’Hydroptère, ce trimaran de course expérimental autrement plus sérieux ?

La maire de Paris, soucieuse de montrer qu’elle est moderne et fréquente des starteupes,  qui se veut être l’icône de la transformation écolo-digitalo-olympio-sociétale et municipale, espère toujours « voler » au-dessus de l’eau en mars prochain. Silicon Valley, serait-elle chef d’escadrille ?