Unités de mesure

Lu dans les Echos de ce jour :
Selon le ministère allemand des Transports, les berlines concernées, assemblées entre 2009 et 2013, et répondant aux normes Euro 5, rejettent deux fois plus d’oxyde d’azote que la limite autorisée quand le volant est tourné de plus de 15 degrés… De son côté, Audi reconnaît des « anomalies » dans son communiqué publié jeudi soir.
Les champs magnétiques se mesurant en Tesla (équivalent à des kg A−1 s−2), va-t-on bientôt mesurer les champs de distorsion de réalité en Audi ?

Un mix loin du max

Après l’avion solaire qui avait mis plus d’un an pour faire le tour du monde – soit une vitesse moyenne de 3,5 km/h, moins vite qu’un homme qui marche – voici un autre exemple d’assemblage peu inspiré de technologies : Energy Observer, le bateau qui mixe éoliennes, panneaux solaires et hydrogène pour avancer.

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Dans la série « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué », ce navire a su éviter la facilité consistant à se contenter de hisser un mât et des voiles ! Car il est plus aisé de trouver du vent que du soleil en mer, surtout en Bretagne où se trouve apparemment son port d’attache.

Le plus amusant dans ce design, c’est que les éoliennes sont trop petites et inadaptées à assurer seules la propulsion du bateau : il eut mieux valu utiliser des turbovoiles pour cela, mais le génial concepteur de ce vaisseau d’un futur alternatif ne devait pas connaître le concept… Résultat : une fois sa réserve d’hydrogène épuisée – et cela doit vite survenir, essayez de caser des réservoirs haute pression dans une fine coque de catamaran de compétition- ce bateau est incapable d’avancer par ciel couvert et encore moins la nuit.

Les responsables du projet, baignant dans l’optimisme, annoncent faire le tour du monde en six ans ! En se laissant porter par les courants, on peut aller plus vite…

Amusante conjonction d’actualité par ailleurs sur Yahoo! : les USA envoie également un (Nuclear) Energy Observer :

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Sea Bubbles, pas Seine Bubbles

Futura-Sciences nous donne quelques nouvelles du projet Sea Bubbles, dont nous avions parlé il y a quelques semaines. Les premiers tests ont commencé dans la rade de Marseille, avec un prototype au design très éloigné des belles infographies qui ont fait flasher Anne Hidalgo.

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L’article prend une sérieuse distance par rapport aux annonces précédentes :

Les premiers modèles de Sea Bubbles pourront embarquer quatre passagers, dont un pilote

Ah, ce n’est plus autonome comme on l’avait cru. Comme il va falloir payer le pilote – qui devra avoir son permis bateau –  le prix de la course va être assez élevé et il y aura des horaires. Et histoire d’évacuer tout malentendu :

Les Sea Bubbles vont entrer en fabrication pour des essais en grandeur nature en février, avec l’objectif d’offrir aux Parisiens un moyen de transport supplémentaire, peut-être, un jour, sur le mode de la location.

Et puis y a un tout petit problème juridico-technique à résoudre :

La question de la vitesse minimale reste à régler car, à Paris, elle est limitée à 18 km/h à plus de 20 m de la rive et à 12 km/h en deçà (voir la réglementation fluviale parisienne diffusée par VNF). Les Sea Bubbles ont besoin de 11 à 15 km/h pour décoller.

Les Sea Bubbles vont donc devoir se mettre au milieu de la Seine, là où passent les péniches, pour décoller : près de la rive, elles seront comme un bateau classique, avec des foils en plus qui accroissent la traînée hydrodynamique : les batteries vont vite se vider à ce régime-là. Et vu l’étroitesse de la Seine lorsqu’elle traverse le centre historique, il est probable que les Sea Bubbles ne décolleront même pas du tout entre le pont Neuf et le pont de Sully – c’est-à-dire là où aurait justement besoin d’une alternative écologique pour désengorger la grande métropole.
Ce qui fait qu’à Paris, pour le moment, on fera juste ce qu’il faut pour que Hidalgo voit sa promesse tenue :

La capitale française sera d’ailleurs la première à accueillir une expérimentation en conditions réelles qui aura lieu cet été durant une quinzaine de jours.

Ouf ! On avait cru un moment qu’on envisageait un service permanent !

De toute façon, ne nous trompons pas : si le projet s’appelle Sea Bubbles, si les tests sont faits en mer Méditerranée, c’est sans doute parce que le marché-cible des fondateurs de la société n’est pas la Mairie de Paris, mais avant tout des yachtmen du dimanche. La Mairie de Paris a sans doute été vue comme une bonne poire destinée à mettre de l’argent dans la société et à faire la com’ du projet sans que cela ne coûte un seul centime à Sea Bubbles.

Back to the office

La grande chef du marketing d’IBM vient de sonner la fin de la récré aux USA : ses subordonnés ne pourront plus travailler là où ils le souhaitent – de chez eux ou dans un « bureau de proximité », lieu anonyme et générique implanté dans une zone d’activité proche de chez eux – mais devront désormais choisir d’être affectés de façon permanente à un des six bureaux ouverts aux Etats-Unis, de la côte Ouest à la côte Est. Elle ne fait ainsi que suivre l’exemple de ses collègues de l’informatique, des achats ou de la conception… et surtout de toutes les grandes « Tech Companies » : chez Amazon, Tesla ou Google, il n’y a pas de télétravail. Au contraire, tout est fait pour que l’employé considère son lieu de travail comme sa deuxième maison, voire sa première.

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Le coin cafét’ chez Netflix : tout est évidemment en accès gratuit

 

Sortir du PIB

On a été amenés à découvrir l’interview de M. Gaël Giraud sur le blog Oil Man :

Gaël Giraud, du CNRS : « Le vrai rôle de l’énergie va obliger les économistes à changer de dogme »

Contrairement à ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie, l’énergie (et non le capital, sans elle inerte) se révèle être LE facteur essentiel de la croissance, selon Gaël Giraud, 44 ans, directeur de recherche au CNRS et jésuite. Economistes, perpétuez-vous depuis deux siècles la même bourde fatidique ?

Ce monsieur est très intelligent mais comme il ne sait pas sortir du cadre théorique qu’on lui a appris, il finit par tourner en boucle, comme beaucoup d’autres théoriciens de l’énergie et de l’économie d’ailleurs.
Par exemple, il est complètement obsédé par la croissance du PIB qu’il considère comme une variable économique fondamentale, au même titre que la gravitation en physique. La révolution copernicienne qu’il nous propose est d’annoncer que la croissance est plus corrélée à l’énergie qu’au capital… Est-on plus près de Copernic que de Hipparque et de ses épicycles ?

Pourtant, le concept de PIB a seulement émergé il y a 80 ans… pour sortir de la dépression des années 30. Il a été assez utile jusqu’au début des années 70, mais il est plus que temps désormais de changer d’instrument de mesure, au moins dans les pays occidentaux. C’est un peu comme si on considérait que, pour suivre la santé d’un être humain, il fallait éternellement mettre sous contrôle l’accroissement de sa taille sous prétexte que c’est un facteur prédominant pendant l’enfance ! Evidemment, à partir de 20-25 ans, cette approche révèle ses limites, surtout si elle pousse le corps médical à prescrire des talonnettes voire à rajouter des vertèbres…
Sans pour autant prétendre que notre société est arrivé à l’âge adulte et encore moins à celui de la sagesse, il faut désormais décider quelle est notre nouvelle frontière : c’est une exercice de vision difficile mais qui sera nécessaire pour sortir de la crise. Aujourd’hui, cette vision n’existe pas, la preuve en est l’expression de « transition énergétique » : transition vers quoi ? On nous donne comme objectif le passage d’un gué, mais personne ne nous parle de l’autre rive.
Mais ce n’est pas en restant focalisé sur la disposition des roseaux sur notre rive du moment, ni même en regardant le chemin chaotique qui nous a permis d’y parvenir, qu’on progressera vraiment.